What is Curating

Paul Ardenne, “Mes idoles sont les fourmis”

Paul Ardenne

Entretien avec Paul Ardenne, Sophie Lapalu

FR

Je me suis intéressée, lors de mes mémoires, à ce que je nomme des actions furtives (soit des actes éphémères,  qui ont lieu en dehors des cadres de l’art, sans spectateur, de manière anonyme), et sur leur possible ou impossible exposition. Cette année, à l’Ecole du Magasin, nous travaillons sur les tactiques de la fiction, ou comment les artistes fictionnalisent le réel pour le penser (Rancière), usant pour cela de tactiques. Or, je pensais travailler avec les formes d’art qui m’intéressaient, et je me trouve confrontée très logiquement au problème de leur exposition, ainsi qu’à la difficulté de passer de la théorie à la pratique. Etant donné que vous avez écrit Un Art Contextuel, Création artistique en milieu urbain, en situation, d’intervention, de participation[1], et que vous avez monté des expositions liées à ces artistes, je me demandais si ce sont des questions auxquelles vous aviez été confronté.

C’est effectivement un vrai problème, mais qui n’est pas nouveau. Cela apparait pour la première fois avec intensité dans les années 1960, avec les premières expériences de land art. Denis Oppenheim, par exemple, travaille souvent dans la neige ; ses travaux disparaissent. Avec Richard Long se pose le problème de la distance, ses œuvres sont presque introuvables, comme pour Smithson. Ce dernier va d’ailleurs problématiser cet aspect des choses avec cette classification qu’il appelle le site et le non site.

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« Se propulser hors des murs institutionnels »

Entretien avec  Ghislain Mollet-Viéville et Jean-Baptiste Farkas, Sophie Lapalu

Ghislain Mollet-Viéville

Ghislain Mollet-Viéville se définit comme agent d’art. L’agent d’art regroupe un certain nombre d’actions en art (expert, critique, archiviste, commissaire d’exposition, collectionneur), plus du côté de la communication de l’art et de son agencement au sein de notre société, sa circulation dans des réseaux, que de la défense d’artistes à titre personnel. « Je suis agent d’art parce qu’à travers mes actions, c’est une certaine idée de l’art que je représente. »[1] J’ai souhaité l’interroger plus particulièrement sur sa position en tant que commissaire d’exposition. Ghislain Mollet-Viéville avait invité Jean-Baptiste Farkas, artiste qui a fondé IKHÉA, une entreprise d’usurpation dont l’objectif vise à contrarier les usages trop réglementés de notre quotidien. Pour cela, l’artiste diffuse les IKHÉA©SERVICES sous forme de modes d’emploi destinés à déranger notre façon de vivre.

Couverture du Manuel IKHÉA©SERVICES

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Tohu Bohu

Entretien avec Jean-Claude Moineau, Sophie Lapalu

Avant d’interrompre toutes activités artistiques en 1968, Jean-Claude Moineau réalisait des performances, de la poésie visuelle, des livres d’artistes. Puis il enseigna la théorie de l’art à L’université Paris VIII. Je suis allée l’interroger sur sa pratique en tant que commissaire d’exposition et auteur du Catalogue des arts réputés illégitimes (dans Contre l’art global, pour un art sans identité, Paris : Ere Éditions, 2007, p.119-135.). Il s’agit en effet de cataloguer les pratiques qui ne chercheraient pas la légitimation ou la valorisation offertes par les jeux de l’art contemporain. En effet, elles trouvent, dans l’illégitimité et la dévalorisation, une existence et des voies de constructions propres. L’auteur affirme que « typifier » est un risque, « catégoriser des pratiques dont l’efficacité requiert la singularité » est absurde, et qu’il y a même péril de les faire « rentrer dans le rang »en en parlant, en les analysant. D’où l’absence de tout exemple dans son catalogue.

Je m’interroge actuellement sur les modalités d’exposition, et plus particulièrement pour des travaux non visibles comme « art » lorsqu’ils ont lieu. Vous avez monté deux expositions très singulières en avril et octobre 2004 à l’espace Console. Pouvez-vous me décrire comment cela s’est passé ?

Pour Tohu-Bohu nous étions trois commissaires, Muriel Collin-Barrand et Fabien Vandamme, deux anciens étudiants, et moi-même. C’est un espace qui appartient à Muriel. Au départ, c’était un lieu qu’elle avait acheté avec son mari pour y habiter. Ils y ont fait des travaux et, pendant les travaux, ont commencé à organiser des expositions temporaires. Suite à cela, ils ont continué, alors que c’était devenu leur logement. L’idée, en l’occurrence, était de faire une exposition qui ressemble aussi peu que possible à une exposition. Elle n’était d’ailleurs pas sous titrée « exposition », mais « concert ».

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