Space & Time

Pierre Leguillon, Producteur d’espaces

Pierre Leguillon déclarant le Teatrino Palermo ouvert, Beaubourg,   2009
Pierre Leguillon déclarant le Teatrino Palermo ouvert, Beaubourg, 2009

Drôle de lieu que la Galerie Sud du Centre Pompidou durant le Nouveau Festival. Un pêle-mêle de créations sculpturales, de chaises disparates, de rideaux rouges vifs, d’estrades augurant spectacles et conférences, performances et concerts.

Au seuil de ce dispositif scénique se trouve le Teatrino Palermo. Or c’est à peine si l’on y jette un coup d’œil : posé à même le sol, peint dans un camaïeu de gris, ce modeste théâtre de marionnettes est en fait la réplique de celui fabriqué par Blinky Palermo, alors encore étudiant aux Beaux-Arts de Düsseldorf, et ici réalisé par l’artiste Clément Rodzielski. Enigmatique, il présente sur son fronton un chien, dont chaque extrémité est composée d’une tête, et sous le cadre de scène un masque, ou un instrument de musique dont les deux ouïes seraient le symbole, comme scié en deux, lointaine référence à la commedia dell’arte.

Disposée à côté, sur un socle soutenant une vitrine protectrice, la programmation du théâtre est exposée : une feuille scotchée sur la vitre, au dessus d’une assise peinte par moitié en bleu et jaune. Ce dispositif, déplaçant l’intérêt du spectateur vers la programmation, semble nous enjoindre à ne pas chercher une signification formelle face à ce théâtre de marionnettes, mais bien au contraire à valoriser sa valeur d’usage. Car Pierre Leguillon a invité artistes et critiques à investir le Centre Pompidou grâce au Teatrino : Martin Beck le pose et obstrue de la sorte le passage entre deux salles du musée, profitant du respect religieux accordé aux éléments d’un musée pour se voir offrir une autorité qu’il n’est pas censé détenir ; Patricia Falguières donne une conférence sur l’art oratoire où le théâtre est réduit au rôle de figurant ; Marie Ange Guilleminot le pose sur ses genoux, comme un plateau pour déployer sa collection de gants ;  Pierre Leguillon tire un drap dans l’espace de représentation pour rétroprojeter les diapositives de la rétrospectives Palermo qui eut lieu an 1985 au Centre Pompidou ; Boris Charmatz installe le théâtre entre deux rangées de fauteuils, projette le film Une lente introduction et oblige ainsi les spectateurs à regarder vers la cabine de projection.

Lire la suite ici

Sophie Lapalu

.

.

CAC Brétigny-sur-Orge

Van Lieshout, Edutainer, CAC Brétigny

Charles Fourier, au sortir de la Révolution, établit le programme d’un nouveau mode de vie, loin du fracas purificatoire napoléonien. Dans son utopie d’« Harmonie », il considère les passions comme bénéfiques car elles sont l’expression des particularités de chacun, la myriade proprement créative de l’humanité ; il va à l’encontre des philosophies, issues de l’antiquité, qui cherchent à contrôler les passions pour réguler la société. Pour Fourier, l’amour est une dynamique entre les êtres humains qui les incite à se lier, dans la tolérance et la prospérité des passions. La communauté se constitue d’elle-même, dans le respect des individualités et dans la combinaison harmonieuse des désirs ; elle se différencie ainsi de la société qui refoule les passions, poussant les personnes à se replier sur elle-même et vivre dans la tristesse et l’insatisfaction : c’est l’unitéisme contre la parcellisation. « [...] On a beaucoup plus de plaisir à subordonner tous les mouvements [des passions développées] aux intérêts de la masse qu’on en aurait à exercer librement et isolément, et ce genre de plaisir très différent de la jouissance même est un plaisir d’unitéisme [...] qui répand un charme puissant sur l’asservissement et le transforme en voluptés réelles parce qu’il flatte l’amour propre de l’individu, en lui attribuant l’honneur du bel ordre qui a régné dans les développements collectifs »[1].

Deux siècles plus tard, Brétigny sur Orge, ville de banlieue parisienne, médiocrité élargie de l’urbanisme et petitesse record des attraits. Dans ce contexte, le Centre d’Art Contemporain (CAC), dirigé depuis 2003 par Pierre Bal-Blanc, commissaire, tire grandement son épingle du jeu. Il tente même d’apporter une atmosphère de culture et d’épanouissement dans son sillage. Situé dans cet espace urbanistique indéfini, une zone de transition entre l’habitat concentré de banlieue, les installations sportives, les friches agricoles et les institutions du savoir, présent via le lycée et le Centre culturel. Le CAC est un point de passage. Il doit devenir point d’arrêt physique, ou encore un point de départ intellectuel. L’architecture du lieu, un temps ingrate, est  dégagée grâce à une grande baie vitrée ouvrant sur un parking et un fronton arrière d’immeuble. Xavier Franceschi, directeur du CAC de 1991 à 2002, commande une « Annexe » à l’Atelier van Lieshout, dans le cadre de l’agrandissement et de la restauration de l’espace, menée en 2000. Cet espace doit permettre l’accès à un moniteur vidéo, un ordinateur et conçu comme un espace de relaxation avec distribution de café. L’Annexe est ensuite intégrée au projet « Phalanstère ».

T. Margolles, R. Oldendorf, CAC Brétigny

Ce projet est destiné à augmenter et modifier peu à peu les lieux par des œuvres d’artistes créees successivement. Pierre Bal-Blanc propose « de fonder les activités du centre d’art autour de la présence permanente d’œuvres pérennes et éphémères et de [...] contribuer au développement de moyens de création et de pédagogie qui favorisent les relations sociales entre l’intérieur et l’extérieur du lieu et les riverains »[2]. Le projet « Phalanstère » est donc un programme artistique qui évolue au fil des expositions au CAC. Les artistes proposent une œuvre liée au lieu et destinée à y rester.

Lire la suite ici

Alice Marquaille