Sophie Lapalu

FR

Sophie Lapalu (née en 1985 à Bordeaux)

Donc, si vous voulez, mon art serait de vivre ; chaque seconde, chaque respiration est une œuvre qui n’est inscrite nulle part, qui n’est ni visuelle ni cérébrale. C’est une sorte d’euphorie constante.

Marcel Duchamp

Je suis extrêmement curieuse des travaux qui sortent des cadres de l’art et interrogent la notion de spectateur, ou ceux qui, adventices, œuvrent à la façon des mauvaises herbes, « colonisant par accident un territoire qui lui est étranger sans y avoir été volontairement semé » [1]. J’affectionne le « presque rien », les travaux anti spectaculaires, usant d’une économie de moyens, qui s’oppose aux régimes dominants de notre société. Cet art du peu, inscrit dans notre quotidien, chercherait, je crois, à supprimer la « quotidienneté » (au sens d’Henri Lefebvre, c’est-à-dire comme « dépôt souterrain » qui ne ferait que perpétuer les rapports de domination), pour que l’art rende la vie plus intéressante que l’art (Robert Filliou).

Un bac littéraire option histoire des arts en poche, je suis partie étudier l’histoire de l’art à l’Ecole du Louvre, me spécialisant dès ma première année en art contemporain. Sur les pas de Francis Alÿs, j’ai, durant mon Master1 Muséologie, cherché à comprendre le rapport entre l’acte furtif – éphémère, anonyme et sans spectateur –,  et la production qui l’entoure – plurielle, entropique. Au cours d’un Master 2 Recherches, j’ai rassemblé des exemples historiques de tels actes (Acconci, Bas Jan Ader) afin d’analyser par quels processus ils ne se sont pas dissolus dans le hic et nunc de leur apparition. J’ai ainsi pu constater comment, aujourd’hui, les artistes (Boris Achour, Tatsumi Orimoto, Sophie Calle, Diane Borsato…) produisent en parallèle de leurs actions, des artefacts, souvent considérés comme des documents, mais qui s’avèrent plutôt être des œuvres, reposant sur un système référentiel. Ces dernières, une fois exposées, offrent à l’action un statut artistique, mais a posteriori.

Ces questions m’amènent à m’interroger sur le rôle de l’exposition, qui participe autant qu’elle cherche à s’adapter aux bouleversements ontologiques des présupposés artistiques hérités de la Renaissance. Quant au rôle du commissaire… ? Démêler, recouper, le commissaire doit, me semble-t-il, s’installer aux croisements et inflexions de la pensée, pour reprendre l’idée de Gilles Deleuze dans Pourparlers [2]. Ne pas « faire pas le point » mais s’installer au milieu, penser les choses « comme un ensemble de lignes à démêler » ; cela constitue déjà un programme chargé.

J’ai travaillé à la galerie Area et collabore à Area Revue)s(

[1] Définition de l’adjectif « adventice », Le Petit Robert.

[2] DELEUZE Gilles, « les choses et les pensées poussent ou grandissent par le milieu, et c’est là qu’il faut s’installer, c’est toujours là que ça se plie »  « Sur Leibniz », Pourparlers, Éditions de Minuit, 1990, p. 219.

Mon Master 2 en ligne ici : Les actions furtives exposées, un paradoxe?Sophie Lapalu Master2

EN

Lapalu Sophie (born in 1985 in Bordeaux)

I like living, breathing better than working… my art is that of living. Each second, each breath is a work which is inscribed nowhere, which is neither visual nor cerebral, it’s a sort of constant euphoria.

Marcel Duchamp

I am extremely curious of works which emerge the frameworks of art and interrogate the notion of audience, or those which work in the manner of weeds, accidentally colonizing a foreign territory without being deliberately sown. I’m particularly interested in the “almost nothing”, anti spectacular work, using a sort of economy, which are in opposition to the dominant regimes of our society. This art of little, inscribed in our everyday lives, seeks, I believe, to remove the “everydayness” (within the meaning of Henri Lefebvre, in other words, as “underground repository” that merely perpetuate relations of domination), so that art makes life more interesting than art (Robert Filliou).

A literary baccalauréat in hand, I studied history of art at the Ecole du Louvre, specialized since the first year in contemporary art. On the steps of Francis Alÿs, I tried, during my Master1 Museology,  to understand the relationship between the furtive act – ephemeral, anonymous and without spectators – and the production that surrounds it – plural, entropic. For my Master 2 Research, I searched into the history of such acts (Acconci, Bas Jan Ader) and analyzed how they do not dissolve in the “here and now” of their appearance. Today, we can see how artists (Boris Achour, Tatsumi Orimoto, Sophie Calle, Diane Borsato …) produce alongside their actions a various range of artifacts, often considered as documents, but which are piece of art, based on a referential system. Once exposed, they give to the action an artistic status, but a posteriori.

These issues lead me to wonder about the role of exhibition, at the times of the upheavals of the ontological artistic presuppositions inherited of the Renaissance. On the role of curator …? Demeter, overlap, the curator must, I think, stand at crosses and inflections of the thought (to borrow the idea of Gilles Deleuze in Pourparlers). Not “making the point”, but settle in the middle; thinking things “as a set of lines to disentangle”:  this is already a busy schedule.
I worked at the Area gallery and work for Area Area Revue)s(