Collective

Idea + Idea = 2 Ideas

AGENCY

FR

DARRAS Bernard, « La Tache aveugle. Approche sémiotique et systémique du paradigme de l’agency », in MEI Etudes culturelles / Cultural Studies, N°24-25, 2006, p. 57.

« [...] Les processus de dominance, de pouvoir, d’hégémonie, mais aussi de résistance et de lutte symbolique sont parmi les phénomènes d’organisation les plus transversaux et ils ne sont pas tous réductibles au primat de l’infrastructure. [...]
Le paradigme de l’agency correspond de manière très générale au pouvoir d’agir et de réagir des agents mais aussi des causes et des produits agissants. [...] La traduction en français permet de produire au moins trois types de nuances et d’accentuations sur telle ou telle dimension de l’agency :
-          En tant que « potentialité d’action », « capacité d’agir », ou « d’autorisation d’agir », l’agency est une propriété disponible en réserve d’action
-          L’ « agence » est du côté de l’action concrète dans l’espace et le temps
-          Alors que le « pouvoir et la puissance » relèvent de la force et de l’intensité de ce qui est [...] »
Ainsi, toute relation structurante relève de l’agency, dans le sens où ces structures ont un effet d’autorité ou de dominance. Par exemple, nous pensons organiser l’architecture, ordonnée par les angles droits, mais en réalité les angles droits agissent sur nous et nous structurent. Nous sommes agis par les angles droits.
« Les agencies sont incorporées à différents niveaux d’automatisme et d’inconscient [...] par les agents des systèmes où elles fonctionnent comme la tache aveugle de la rétine, ignorée parce que toujours compensée par le système. Les agents subissent, promeuvent, imitent ou reproduisent dans leurs diverses actions, parfois contre leur intérêt ou leur volonté, les agencies. »
Nous pouvons nous focaliser sur ce terme, en tant qu’organisation et en tant que concept qualifiant les constructions de pouvoir.

Alice Marquaille

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Consensus

Séance de travail de groupe

FR

La session 19 fonctionne sans hiérarchie, au travers d’une organisation horizontale. La démocratie étant une méthode pour trancher les dissensions[1] , elle ne permet pas de trouver un accord au sein du groupe. Session 19 opère alors selon le consensus, c’est-à-dire sur l’écoute, le partage des informations, la compréhension des conflits et des antagonismes [2]. Notre méthode de travail s’élabore au sein d’un processus évolutif, qui tend vers un objectif. Or ce dernier est amené à se transformer tout au long de la procédure. C’est ainsi que le consensus, comme évolution participative, ne donne à personne une légitimité de pouvoir.

EN

Session 19 is a group that functions without hierarchy, through a horizontal organization. Democracy is a method to resolve disagreements [1], it does not reach an agreement within the group. Session 19 operates on consensus, that is to say about listening, sharing informations, understanding conflicts and antagonisms [2]. Our working method is developed in an evolutionary process, which tends toward a goal. This goal is going to be transformed throughout the procedure. So the consensus, as participatory development, gaves to anyone legitimacy of power.

Sophie Lapalu

[1] BELLON André, « Pas de démocratie sans conflit », Le monde diplomatique, juin 2009.
[2] Simon et Bertrand, « Le consensus en tant que transformation pour prendre des décisions de manière collective », Revue Silence, n° 373, novembre 2009, p. 7-12.

Nous sommes des penseuses, pas des penseurs

« Dans les langues romanes comme l’espagnol, il y a des genres, et peut-être peuvent-elles sembler plus «sexistes» que d’autres où il n’y en a aucun[1] »

La Session 19 de l´Ecole du Magasin est composée de sept femmes. Dès le début un comique a remarqué que nous n´étions que des filles, en demandant, de façon indirecte, si le choix de nos candidatures reflète la volonté du Magasin d´avoir une parité… En outre, lorsque un aimable professeur nous présente aux invités et nous prie de dire notre nom et pays d’origine, pour des raisons qui m’échappent, mes compagnes et moi-même, adoptons la position que nous pourrions appeler «concours de beauté”: l´une à côté de l’autre, bras dessus bras dessous, en souriant.

Nous, les participantes, avons décidés que, dans le statement curatorial, nous ne mentionnerons pas le fait que nous sommes des femmes. Cela ne nous semblait pas important. Mais après quelques jours, quelque chose a retenu mon attention dans ce texte. Dans la version anglaise nous nous définissons en tant que « transnational thinkers », et nous l´avons traduit en français avec une forme masculine « penseurs transnationaux », quand le français a une forme féminine plus appropriée: « penseuses transnationales ».

«L’unité élémentaire de la langue –la déclaration- c´est une ordonnance (…) les mots sont des outils ; on donne aux enfants la langue, des stylos et des cahiers, de la même manière que des pelles et des pioches sont données aux travailleurs. Une règle de grammaire est un marqueur de pouvoir avant d´être un marqueur syntaxique[2]»

Que l´Europe anglophone ait des formules neutres où les hommes et les femmes sont également inclus alors que le sud de l’Europe reste sur le langage générique de l’Antiquité et du Moyen-Age, nous semble au moins une question à approfondir. Comme Deleuze et Guattari l´expliquent, la langue est un marqueur des structures de pouvoir et, nous ajoutons, le sédiment du processus historique et économique.

Dans la société d’où je viens, la langue véhicule et renforce un système patriarcal fondé sur la dichotomie « masculin – féminin », où la femme est «l’autre», le subalterne qui a moins de crédibilité, mais dont le travail est essentiel pour le système de production.

Sara FUENTES

[1] MARÍAS Javier, “Cursilerías lingüísticas”, El País, 3 mars 1995.
[2] DELEUZE G., GUATTARI F., Mille plateaux, Paris : Minuit, 1980, p. 95-96.