Virginie Bobin


chasing Jason in NYC !



chasing Jason in NYC !

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Paul McCarthy, Jason Rhoades et moi / Paul McCarthy, Jason Rhoades and I
une enquête au long cours, pleine d’érudition et de rebondissements /

a fascinating inquiry full of suspense and erudition

par / by Virginie Bobin
2006- ?

fr / en

31.03.2008

Episode 1 : 2006-2007 – Sur les traces de Sheep Plug : une épopée internationale (virtuelle) à la poursuite de 190 godemichés géants en graisse de mouton islandais.

Tout a commencé par un malentendu.

Les pistes de travail données par la directrice du groupe de recherche Art Contemporain du Master I de Muséologie de l’Ecole du Louvre pour la réalisation du mémoire d’études étaient claires : considérant la définition de l’art contemporain comme acquise, se concentrer sur des problématiques concrètes rencontrées par les professionnels, notamment des musées, à travers l’étude de cas précis, œuvres, expositions ou media. Je me souvenais vaguement d’un petit scandale causé lors de l’exposition Dionysiac(1) par Sheep Plug, une installation monumentale de Jason Rhoades et Paul McCarthy composée d’éléments en graisse de mouton, dont la puanteur avait forcé le musée à faire des modifications de l’œuvre. Je décidai donc de travailler sur ce cas, et la façon dont il avait été traité par le Centre Pompidou.

Je m’aperçus rapidement que je faisais fausse route… Tout d’abord, la documentation de l’exposition au Centre était soit inaccessible, soit inutilisable (pour exemple, le dossier McCarthy de la Bibliothèque Kandinsky contient quatre articles de presse, dont deux sur Paul McCartney). Ensuite, l’œuvre avait tout bonnement disparu ! Jason Rhoades décédé en 2006, Paul McCarthy occupé à sa rétrospective de Stockholm (2), nul parmi l’équipe de Dionysiac ou de la galerie copropriétaire de l’œuvre, n’aurait su me dire où se trouvaient les centaines d’éléments de caractère varié (graisse animale, livres, DVD, ustensiles de cuisine, cartons d’emballage…) qui composaient Sheep Plug…

Aiguillée par Stéphanie Elarbi, restauratrice en art contemporain, je décidai alors de me concentrer sur la production de l’œuvre. Je me rendis rapidement compte que celle-ci intégrait des éléments issus d’expositions, activations et performances antérieures, et même d’un autre projet collaboratif de Rhoades et McCarthy, Shit Plug, initié à la Documenta 11 de Cassel en 2002, à l’occasion du cadeau par le duo d’artistes locaux Taeglich Digital, anciens élèves de Rhoades (lui-même ancien élève de McCarthy), de dix tonnes d’excréments récoltés lors du week-end de vernissage. Transformées en granules par l’usine d’épuration voisine puis mélangées à de l’huile pour bébé, elles furent encapsulées dans des bouteilles de verre en forme de « plug », forme couramment utilisée par McCarthy depuis 1978 et sa Plug Chair. J’interviewai Taeglich Digital, et grâce à leur récit et aux centaines de photos disponibles sur leur site Internet, je pus reconstituer la trajectoire qui, des toilettes de Cassel aux sous-sols du Centre Pompidou, en passant par Zurich, Hambourg, Reykjavik et Los Angeles, allait m’amener, avec l’aide des technologies modernes de communication, à découvrir le lieu où reposent encore aujourd’hui, dans la cave d’une bâtisse médiévale des environs de Karlsruhe, les restes de Sheep Plug

Pour en savoir plus sur cette passionnante enquête !

Episode 2 : 2007-2008 – La suite, ou comment Virginie retrouve Rhoades et McCarthy en passant par Cassel, New York et Gand

Après cette plongée fascinante dans les méandres tentaculaires de l’œuvre collaborative de Rhoades et McCarthy, je décidai, une fois mon mémoire rendu et l’année universitaire terminée, de poursuivre l’aventure dès que l’occasion s’en présenterait. La Fondation Wickleder, qui héberge Sheep Plug, fermée pour rénovation, je dirigeai mes pas vers une autre destination culturelle allemande : Cassel, à l’occasion de la douzième Documenta. Là, je rencontrai enfin Benedikt Ender, de Taeglich Digital, dont l’aide m’avait été si précieuse. Nous discutâmes de plans secrets pour poursuivre le processus shit/sheep plug, ainsi que des efforts continus de l’artiste pour parasiter l’institution Documenta, avant son départ pour des festivals de performance aux Etats-Unis.

Lorsque je m’envolai à mon tour pour New York et Boston [lien vers compte-rendu voyage US] en décembre 2007, j’avais ouï-dire que McCarthy et Rhoades faisaient chacun l’objet d’une exposition dans des galeries de Chelsea. Je ne m’attendais pas à un tel saisissement. A la Chocolate Santa Claus Factory installée par Paul McCarthy chez Michele Maccarone , je retrouvai mes chers plugs, dans les bras de pères Noël en chocolat produits en série dans l’espace de la galerie, depuis la préparation des ingrédients jusqu’à l’emballage et la vente pour 100$ pièce. Hallucinant. Quant à Rhoades, je n’avais finalement, hormis Sheep Plug et la petite Chatte de Beaubourg acquise par le Musée National d’Art Moderne, jamais eu l’occasion de faire l’expérience physique de l’une de ses installations multimedia et hypertrophiées. Bien que témoignage figé d’une série de soirées-performances dont Rhoades fut l’initiateur juste avant sa mort, l’exposition de Black Pussy à la galerie David Zwirner fut un choc esthétique et sensible. Et quelle ne fut pas ma surprise, en retrouvant là-bas un vieil ami, d’apprendre qu’il avait participé aux deux dernières soirées (mini-email-interview à venir !) ! Décidemment, Rhoades me poursuivait…

C’est à Gand, en Janvier 2008, qu’eut lieu ma dernière confrontation avec l’un des protagonistes de cette formidable épopée, à l’occasion de la visite de l’exposition Head Shop/Shop Head de Paul McCarthy au Stedelijk Museum. Je ne fus pas déçue : sous l’apparence d’un véritable capharnaüm sonore et visuel, McCarthy parasitait et mettait à jour les codes de l’exposition dans un processus continu d’autocitations accumulées.

A suivre… ?

Notes

(1) Dionysiac, Musée National d’Art Moderne, Centre Pompidou, Paris, du 16 février au 9 mai 2005.
(2) Head Shop/Shop Head, Arbeten 1966-2006, Moderna Museet de Stockholm, du 17 juin au 3 septembre 2006.  

 

english version

PAUL McCARTHY, JASON RHOADES AND I
A fascinating inquiry full of suspense and erudition

By Virginie Bobin

2006- ?

Episode 1 : 2006-2007 – Looking for Sheep Plug : a virtually international epopee searching for 190 giant butt plugs made of Icelandic sheep’s fat.

Everything started with a misunderstanding.

The director of the contemporary art research group for the Ecole du Louvre’s Master’s of Museum Studies asked us to concentrate on concrete issues that are faced by museum professionals through precise examples of art works, exhibitions or media. I remembered a little scandal which occurred during the Dionysiac (1) exhibition at the Centre Pompidou in Paris. It was the result of the bothersome smell of Sheep Plug, a collaborative installation by Jason Rhoades and Paul McCarthy. The museum had to remove some elements made of sheep fat and modify the piece in order to make it presentable. I had my topic : I would work on that case and study the way it had been treated by the Centre Pompidou.

I soon realized that this would not be an easy series of problems to examine… Firstly, the documentation at the Centre Pompidou was either unavailable or useless (for instance, a file on Paul McCarthy at the Kandinsky library would enclose two of the four photocopied articles on Paul McCartney…). Then, Sheep Plug had simply disappeared ! Jason Rhoades passed away in 2006 and Paul McCarthy was busy with its Stockholm retrospective(2) . No one from the Dionysiac team or the co-owner gallery was able to tell me where the 190 sheep fat butt plugs and other kitchen accessories, books, DVDs and wrapping papers which were part of the installation had vanished...

Fortunately, the contemporary art restorer Stéphanie Elarbi rescued my research by advising me to focus on the process of production instead of a lack of results. Then I realized that Sheep Plug was a composite mix of elements from previous exhibitions, activations and happenings, including another collaborative project by Rhoades and McCarthy : Shit Plug. This one was initiated during the 11th Documenta in 2002, when Taeglich Digital, a local artistic duo and former students of Rhoades (himself a former student of McCarthy) gave him ten tons of excrements collected during the opening week-end. The gift was transformed into dry granules by an epuration factory, and mixed with baby oil inside of plug-shaped high resistant glass bottles designed by Paul McCarthy. I interviewed Taeglich Digital and thanks to their story and the hundreds of pictures available on their website, I was able to reconstitute the trajectory of Sheep Plug, from Cassel’s public toilets through Zurich, Hambourg, Reykjavik and Los Angeles, to the basement of a German medieval castle where the rest of the piece is still located.

Learn more about this fascinating inquiry !

Episode 2 : 2007-2008 – An ongoing story, or how did Virginie meet Rhoades and McCarthy again by visiting Cassel, New York and Gent

After this thrilling investigation of Rhoades and McCarthy’s collaborative works, I decided to provide of any opportunity to pursue the adventure further of my master’s thesis deadline in June 2007. The German Wickleder Foundation where Sheep Plug is currently located was temporarily closed. I headed to the city of Kassel for the 12th Documenta. There, I eventually met Benedikt Ender, from Taeglich Digital, whose help had been so important to my previous research. We discussed secret plans to keep the shit/sheep plug process going, as well as Benne’s efforts to parasite the Documenta’s institution before he left for performance festivals in the United States.

I had heard rumors of McCarthy and Rhoades’ work being shown in Chelsea in Manhattan when I flew to New York and Boston in December 2007. It went way beyond my expectations. I saw the dear plugs at the Chocolate Santa Claus Factory which Paul McCarthy had installed at the Maccarone Gallery. An entire chocolate factory was set up in the gallery’s space, producing thousands of smiling Santa Clauses holding a butt plug shaped like a small Christmas tree. Each of the small sculptures was wrapped in coloured paper and sold for $100, as an hallucinating consumerist parody. As for Rhoades, all I had experienced from his hypertrophied multimedia installations until then was Sheep Plug and the small Beaubourg’s cunt that was bought by the French National Museum of Modern Art. The Black Pussy show at the David Zwirner gallery was an aesthetic and sensorial shock. When I met an old friend for dinner, he announced to me that he had been invited to the last two soirées that were held by Rhoades inside of Black Pussy in his Los Angeles studio… I would never escape from this adventure…

It was in January 2008 in Gand where my last confrontation with a protagonist of this epic story occurred. I visited Head Shop/Shop Head by Paul McCarthy at the Stedelijk Museum. I was not disappointed : looking like true sound and visual shambles, McCarthy’s show exposed the codes of exhibition making in a continuous process of accumulated self-citations.  

notes

(1) Dionysiac, Musée National d’Art Moderne, Centre Pompidou, Paris, du 16 février au 9 mai 2005.
(2) Head Shop/Shop Head, Arbeten 1966-2006, Moderna Museet de Stockholm, du 17 juin au 3 septembre 2006.