Hors d’œuvre


Archive, Detail from Enthusiasm, Tapies Foundation, Barcelona 2005/06 Photo (...) Jan Piechura, from the film club Sawa, Warsaw 1973 Still from Syzyfowie [Sisyphus], 1971 directed by T. Wudzki from the film (...)



Archive, Detail from Enthusiasm, Tapies Foundation, Barcelona 2005/06
Photo L.I. Bover


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Enthusiasts, and the Enthusiasts Archive

Neil Cummings et Marysia Lewandovska

texte en / extraits parus dans horsd’œuvre fr
bio

Version intégrale du texte en anglais / Original unabridged text (english)

Enthusiasts, and the Enthusiasts Archive
Neil Cummings et Marysia Lewandovska

Texte sous licence Creative Commons : Attribution ShareAlike v2.5
Cette version du texte est publiée dans le numéro 22 du magazine hors d’œuvre

(…) En 2002, nous avons découvert par hasard le premier film grand public du réalisateur polonais Krysztof Kieslowski, Amateur, tourné en 1979. Dans ce film, le personnage principal est responsable d’un ciné-club amateur dans une usine. Curieux de savoir si de tels clubs et réalisateurs existaient encore, nous avons voyagé à la recherche de ciné-clubs amateurs de la Pologne socialiste, ou ce qu’il en reste.

(…) Alors que nous traquions les films et leurs réalisateurs, nous avons été étonnés par leur ambition. Ce n’était pas des films standard « amateurs » montrant des évènements familiaux du type anniversaire, mariage et vacances, ils avaient de véritables aspirations cinématographiques. (…) Doublement oubliés à cause de leurs liens à une idéologie passée incompatible avec l’idéologie présente et leur statut « amateur », ces films se maintiennent en dehors de l’intérêt des institutions « officielles » d’expositions – musées et archives.

(…) Alors que nous travaillions à la restauration et la numérisation [des films récoltés], nous avons commencé à développer l’idée d’un nouveau projet d’exposition qui explorerait les pratiques amateurs. Nous étions conscients et voulions éviter l’utilisation, faite par nombre d’artistes, d’images trouvées, où le matériel filmique est habituellement sorti de son contexte et approprié par ceux-ci. Au fil des discussions, nous avons réalisé la nécessité de construire un contexte social, matériel et conceptuel à l’intérieur duquel les films pourraient être situés et avons été attentifs à ne pas verser dans la nostalgie.

Le second axe de l’exposition passait par la re-constitution d’un ciné-club amateur fictif. (…) Notre installation du « club-house » - créée à partir d’objets empruntés à des membres de clubs, récupérés ou achetés aux puces de Varsovie – s’inspiraient d’une salle de musée ethnographique. Un moniteur et un lecteur VHS y rejouaient les films documentant les voyages, vacances, évènements particuliers, tournages, rencontres et festivals des membres du club. En insérant en boucles ces auto-représentations dans le club, nous avons essayé de mettre en avant la nature sociale et collaborative de ce travail de réalisation. Faisant du club lui-même un espace social pour les visiteurs de l’exposition, il est devenu central, position reflétant la culture des cinémas amateurs.

Durant notre voyage de recherche, (…) nous avons fait attention à ne pas réduire par nos propres préférences et goûts la profusion des films, essayant plutôt d’être sensibles à la passion et aux espérances de leurs réalisateurs. Trois thèmes poreux ont émergé de nos visionnages et des discussions : l’Amour, la Nostalgie et le Travail. (…) Ils semblaient mieux propices à organiser les films vers une compréhension plutôt que l’arbitraire violent d’un classement des films par genres habituels (film, documentaire, animation etc…).

Nous avions trouvé un moyen de donner un contexte d’exposition aux films et à leur production, mais comment le cinéma amateur peut-il être présenté dans un lieu d’art ? Trop souvent, (…) les films sont (…) numérisés et projetés sur le mur d’une boite noire installée dans l’espace d’exposition avec nul endroit pour s’asseoir, pas de programme et pas de durée annoncée, rien. Cela nous a résolus à soutenir les aspirations cinématographiques des réalisateurs par une forme d’exposition qui exprimait le fossé entre la modestie du club et le désir cinématographique des membres. À partir de là nous avons conçu trois espaces de projection séparés par de magnifiques rideaux de 5 mètres de haut, aux couleurs éclatantes et sensuellement incurvés. Chaque salle de cinéma proposait des chaises où le visiteur pouvait se sentir à l’aise, un écran, des lumières tamisées et un programme imprimé avec le synopsis et la durée des films. Par ce programme, nous voulions rendre aux spectateurs un contrôle sur le fonctionnement des éléments et des espaces d’exposition.

(…) Nous étions conscients que beaucoup de films ne pouvaient pas être rangés dans la taxinomie que nous avions fait émergée. Un Salon des Archives permettait aux spectateurs d’accéder, grâce à un mode de recherche sur les DVD, à tous les films trouvés, collectés et numérisés, mais pas projetés dans notre installation. Nous voulions mettre à disposition le plus de films possible, que le spectateur fasse son programme et se rende compte que « Amour, Nostalgie et Travail » venaient d’une interprétation en cours et non pas finale, en aucun « autoriale ».

L’intégralité du texte ci-dessus est accessible sur http://www.chanceprojects.com/node/375 et sur www.ecoledumagasin.com/session17. Il présente l’ensemble du travail de recherche à l’origine de l’exposition Enthusiasts et son deuxième volet : The Enthusiasts Archives, projet d’archive et d’exposition sur Internet - http://www.enthusiastsarchive.net.

Nés respectivement en 1958 à Aberdare au pays de Galle et à Szczecin en Pologne, Neils Cummings et Maryssia Lewandowska sont artistes et travaillent en collaboration depuis 1995.
http://www.chanceprojects.com