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Le secret et ses mystères



Dans le cadre de nos recherches sur la notion d’archive, il nous arrive de présenter des compte-rendus de lectures. L’un d’entre eux, traitant de Mal d’archives de Jacques Derrida, ne pouvant aboutir, son auteur s’est permis de le rapporter sous la forme d’un monologue sur l’état des réflexions en cours.


Le premier à nous avoir mis le doute c’est Fabien. Sûr de lui, en buvant un café contre la fenêtre, il nous a dit : « vous savez la plupart du temps, les archives on n’y trouve rien. C’est toujours décevant ». C’est effrayant un homme cultivé. Il venait de lire un bouquin d’Arlette Farge. A ce qu’il dit c’est une copine de Foucault, historienne. Y a quand même des malades en liberté. Parce que douter de la linéarité, inventer un nouveau classement et remettre en cause ce qui fonde une science, quand on est philosophe, ça va, ça permet d’écrire des livres polémiques et de se faire remarquer. Mais elle, non, elle applique. Alors du coup d’après Fabien elle doute de tout, la petite. Elle lit des retranscriptions d’interrogatoire, mais elle s’y fie pas, elle pense que la parole du type interrogé peut être entendue comme une représentation de lui-même, mais n’est pas représentative d’un contexte historique. Alors avec ses idées d’historienne non-conformiste, elle a bien plu à Fabien parce que Fabien, il aime bien les gens qui refusent les règles établies. Et depuis Fabien, il croit pas qu’on puisse trouver de quoi écrire un livre dans les archives d’Harald Szeemann.

Du coup, nous on savait pas trop quoi faire, parce qu’en plus de douter, Fabien, il avait rien d’autre à proposer. Il voulait juste nous prévenir que de toute façon, on ne trouverait pas de secret dans les archives. Pourtant elles sont quand même pas mal ces archives. Une usine entière. Deux étages de bouquins, de flyers, de lettres, de magazines. Deux étages de papiers, prêts à disparaître avec le temps qui passe. Choquant la première visite. Nous on pensait trouver un grand bordel en expansion, mais l’obsédé du chaos et des intensités intenses, c’était quand même un vrai Suisse. Il a tout organisé, les catalogues classés par ville, le moindre carton d’invitation par ordre alphabétique, pour les livres pareil et les magazines, dans une salle, chronologiquement. A l’étage, toutes ses correspondances, tous les contrats et toutes les demandes de prêt, classés par expo. Et, juste pour le style, en plein milieu d’une salle, deux grandes étagères débordantes d’informations sur Beuys et sur Duchamp. Pas banal quand même, ça pique la curiosité. Mais Fabien il doute. Alors on s’est quand même plongé dans tout ce qui pouvait traiter de l’archive, de l’archivage, du classement et toutes ces choses, pour voir si par hasard on trouverait pas une théorie plus positive que celle de Lafarge, qu’on pourrait appliquer à cette usine à fabriquer des expos.
C’est comme ça qu’un jour j’ai fait un espèce de topo sur le Mal d’archive de Jacques Derrida. C’est beau Derrida, c’est fin et c’est construit comme un roman avec une intrigue et des engueulades déchirantes avec un type pour qui il y a pourtant le plus grand respect, Yershalmi. En plus tout ça tombait plutôt bien vu que ce qu’il dit c’est que, en effet, des secrets il n’y en a pas dans les archives, parce que les secrets ils brûlent dans le mal d’archive. De la poésie haute gamme. Le Léo Ferret de la philosophie. Je me suis dit que ça allait sûrement remonter le moral de Fabien de savoir que les secrets c’est pas la peine de les chercher dans les archives.
Mais j’étais face à une impasse. Comment expliquer tout ça en pas longtemps et en focalisant sur les archives seulement. Je me suis dit, il suffit de pas trop prendre en compte Freud et toutes ses théories, on peut aussi enlever les histoires avec Yershalmi et puis tiens ! aussi deux trois histoires mythologiques. Un peu brutal, c’est vrai, mais bon les livres c’est fait pour ça. C’est Marc Décimo, qui lui a traité des archives de Duchamp, qui le dit. Le Duchamp il avait autre chose à faire avec sa vie que de lire des livres, mais quand même, quand les journalistes ont commencé à lui poser des questions un peu référencées, il s’est acheté les livres nécessaires. Comme ça, juste pour vérifier. Mais comme la lecture c’était toujours pas trop son truc, il lisait seulement les cinquante premières pages, celles d’après sont pas coupées. Evidemment, Décimo, lui il pense qu’un bon lecteur peut comprendre un livre avec seulement les cinquante premières pages. Probable, mais de toutes façons quand les journalistes lui posaient des questions et que le Duchamp leur répondait en disant s’appuyer sur les théories d’un auteur quelconque, ils prenaient des notes et posaient pas trop de questions sur ce qu’il disait l’auteur dans son livre. En tout cas, ça pose une vraie question sur ce que c’est d’assimiler une théorie, ce que c’est de comprendre et de réemployer. Et du coup moi je pense que peut être Szeemann, même s’il le cite constamment, il a peut être pas trop lu les livres de Jung. C’est vrai, lui aussi il avait autre chose à faire que de lire des livres, toujours dans des avions en direction des quatre coins du monde, toujours en train de rencontrer des artistes, toujours en train de trouver des moyens pour financer et diffuser ses projets. Alors, juste pour dire « chez Jung, les obsessions c’est négatif, mais, chez moi les obsessions, c’est positif et constructif », c’est pas la peine de se taper les œuvres complètes. Et comme ceux avec qui il discutait, c’est plus ou moins les même que ceux qui interrogeaient Duchamp, il y a jamais eu personne pour lui dire « désolé, mais Jung je connais pas, c’est qui ? ». Les intervieweursils ont un peu de fierté quand même.
Mais moi avec ma version courte de Derrida, je me retrouvais avec une suite de mots d’ordre, des phrases-choc coupées de toute argumentation, genre discours politique de Doc Gyneco. Pauvre Derrida. Déjà là j’étais pas fier, mais quand j’ai vraiment paniqué c’est quand ils m’ont dit « will you speak in french or in english ? ». Là, pris de court, je me suis dit, tant qu’à faire un truc sans intérêt, autant leur faire plaisir, « in english » j’ai dit. Alors du coup, pris de court, j’ai commencé par parler des histoires mythologiques, de Yershalmi et aussi de Freud et de ses théories. Mais ils ont pas voulu faire comme les critiques d’art qui discutaient avec Duchamp et Szeemann, Ils m’ont dit « non, non, les pulsions de mort on sait pas trop ce que c’est, tu peux nous éclairer ? », et ça a été la descente en enfer. Parce que déjà, moi les pulsions de mort, j’en ai une idée un peu vague, mais rien que le dire en anglais, je sais pas. Alors après avoir expliqué qu’un archéologue est plus près de la vérité qu’un archiviste parce qu’il est en contact direct avec son objet d’étude, j’ai senti un léger flottement du côté de mon auditoire. Après deux trois explications plutôt bancales, Fabien, qu’a un fond humaniste, a voulu m’aider : « en fait ce qu’il dit c’est que comme les archives de Freud c’est les archives d’un psychologue, Yershalmi il se plante parce qu’il les analyse comme un historien alors qu’il devrait les approcher comme un psychologues ? ». J’ai dit que ben oui, c’était plutôt ça, oui. Alors là Fabien il doutait plus du tout, il exultait même : « mais oui c’est ça ! Les archives de Szeemann, c’est les archives d’un curateur, alors il faut pas les regarder comme le ferait un historien, mais comme un curateur ». Moi j’ai jamais trop pensé qu’on était des historiens, mais comme il avait l’air content et qu’il me sortait quand même d’un grand moment de solitude, j’ai dit « évidemment, c’est là que je voulais en venir », et tout le monde est parti en week-end content. On va analyser les archives comme si c’était une expo, qu’ils disaient tous.

Seulement, maintenant que j’y pense, analyser des archives pas comme si c’était un lieu plein d’un savoir immatériel, mais comme si c’était des objets physiquement signifiants, je sais pas trop comment on fait. Postuler que la mémoire d’un propos pourrait se transformer en représentation tangible, ça me paraît scabreux. Pourtant on pourrait faire appel à Frances Yates et à son art de la mémoire. C’est l’histoire d’une technique inventée par les Grecs pour se rappeler d’un discours, parce qu’à l’époque on pouvait pas prendre des notes. Ils fabriquaient mentalement une succession des pièces dans lesquelles se trouvaient des images assez fortes pour choquer et dont les éléments n’étaient autres que des objets mnémotechniques pour se rappeler du sujet de leurs discours. Comme ça apparemment rien de bien méchant. Mais quand la scolastique du Moyen Age a repris l’affaire en main, le truc s’est complexifié. Les images sont devenues de plus en plus grotesques, et là, la Frances elle hésite plus, elle y va franchement et en bonne historienne de l’art elle fait le lien avec les productions de l’époque, et les cathédrales deviennent des énormes représentations de la mémoire et les fresques de Giotto dans leur niches en perspective, avec leurs postures horrifiantes deviennent des résurgences de l’art mémoriel grec, même la Divine Comédie de Dante y passe. Tout ça pour en venir à Camillio qui a carrément construit un théâtre en bois sensé pouvoir recomposer physiquement la somme de toute la connaissance humaine, et même un peu plus. Puis finalement, en pleine période de rationalisme, des illuminés mélangent le tout avec une pensée hermétique bien teintée de franc-maçonnerie. Il s’agit plus seulement de bêtement se rappeler de deux trois trucs bien sentis pour briller dans les débats athéniens, mais de percer un genre de grand mystère occulte. Tellement secret ce mystère-là qu’en fait il semble bien qu’il existait pas trop. Niveau mise en place de concepts en tout genre ça fume grave. Et comme on dit, pas de fumée sans feu, l’inquisition l’a fait monter sur bûcher avant qu’il délivre entièrement sa méthode pour atteindre la connaissance ultime. Les obsessions c’est un peu comme toutes les déviances, socialement faut pas trop en abuser si on veux pas être exclus.
Alors c’est sûr, un truc pareil ça a dû lui plaire à Szeemann. Ce bouquin-là, c’est certain, il l’a lu. C’est quand même une sacrée enfilade de mythologies individuelles. Mais bon de là à dire qu’il a fait pareil dans son usine, ça sent bon la grosse machination. Y a qu’a voir sa passion pour le Monté Verita, ça l’a pas amené à se promener au vernissage de la biennale de Venise accompagné d’une troupe de végétariens nus prônant l’amour libre. Autre époque autre temps, Tanja Ostojić lui a fait le coup de l’escort-girl. Enfin bref, il y a une différence entre l’objet et le sujet. Et puis de toute façon, l’art de la mémoire c’est quand même une bonne histoire d’historiens, le même événement pendant des siècles. Pas de doute que Foucault il lui aurait dit « Non mais ça va pas, comment tu peux être sûr que c’est tout le temps le même énoncé ? » Et puis Farge elle aurait dit pareil. Alors je ne pense pas que ce soit une bonne idée d’en parler à Fabien, lui qui a le moral si fragile ça va encore le déprimer.

François Aubart


 

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