Clic
Clic
Clic


    > Core •• Noyaux > Inputs •• Outputs > “Dada East” : Archive
 
 





Réflexions
“Dada East” : Archive

Tour d’exposition : “Dada East” au Cabaret Voltaire

Cet article est publié dans la rubrique "input-output" du site car, pendant notre année d’étude autour de la personnalité, la méthodologie et les archives d’Harald Szeemann, nous allons être confrontés au traitement de l’archive (son archive à Tegna mais aussi l’archive parlée avec des témoignages que nous allons récolter). Nous prévoyons également de réaliser une exposition dont le concept, n’est pas défini à l’heure où j’écris ces lignes (mars 07) mais il se peut qu’elle traite elle même d’archive. L’analyse de l’exposition qui suit nous donne un cas d’espèce qui alimente notre reflexion sur ce sujet.













Photography© Martin Stollenwerk, Zurich


Jeudi 14 décembre 2006, Cabaret Voltaire, Zurich.
Lors de notre premier voyage en Suisse, nous visitons l’exposition “Dada East ? The romanians of Cabaret Voltaire” en présence d’Adrian Notz, directeur des programmes. Cette exposition traite d’une zone géographique et d’une période historique données, les années pré-dada en Roumanie.
Ce texte est une réflexion suscitée par l’exposition car celle-ci articule fac-similés de documents, photos d’archives, estampes originales d’époque et œuvres d’artistes contemporain. Ma préoccupation est d’aborder l’accrochage, car Adrian Notz nous a dit l’avoir confié à des designers. L’organisation de l’espace, du déplacement du visiteur ainsi que la façon dont les travaux lui sont donnés à voir sont le résultats de choix que j’essaie d’analyser. M’ont interessé en particuliers les questions liées à l’utilisation de pièces d’archives ainsi que leur cohabitation avec d’autres types de documents.

•• L’Exposition ••
20 septembre 2006 – 22 Fevrier 2007
Les artistes : Mircea Cantor (RO), Stefan Constantinescu (RO), Harun Faroki (CZ) and Andrei Ujica (RO), Ion Grigorescu (RO), Marcel Janco (RO), Sebastian Moldovan (RO), Ciprian Muresan (RO), Dan Perjovschi (RO), Lia Perjovschi (RO), Cristi Pogacean (RO) and Tristan Tzara (RO).

•• Le contexte ••
Adrian Notz – qui a co-organisé cette exposition avec Raimund Meyer – nous a expliqué que l’idée initiale vient de l’Institutul Cultural Român (dont le logo figure parmi les financeurs de l’exposition). L’exposition tourne autour du livre de Tom Sandqvist [1] Dada East paru en février 2006. L’auteur a plongé dans les archives de Roumanie pour en extraire les activités de Tzasa, Segal et des frères Janco en Roumanie avant-guerre et préalablement à leur installation à Zürich, comme conditions d’apparition des origines de l’esprit Dada.













Photocopies des archives utilisées par T. Sandqvist

•• Le titre comme citation ••
Les curateurs ont repris le titre du livre de Sandqvist en ajoutant un point d’interrogation, marquant par là, la dimension critique avec laquelle ils abordaient l’exposition, transformant une thèse en questionnement.

•• L’exposition travaille l’archive au cœur ••

– Les deux curateurs partent des investigations de Sandqvist puisqu’ils ont photocopié toutes les archives qu’il avait lui même rassemblées pour écrire son livre et les présentent sous forme d’archive (meuble blanc avec classeurs). – Dans la cave du Cabaret Voltaire, ils organisent l’espace en trois parties coïncidant à trois temps historiques :
1 / la Roumanie avant guerre,
2 / l’activité pré dada de Tzasa, Segal et des frères Janco en Roumanie,
3 / leur activité au sein du cabaret Voltaire et de Dada. – Les documents présentées sont de deux ordres : des reproductions de documents d’époque (photos ou couvertures de revues, poèmes) et des pièces d’artistes roumains contemporains.

•• Le parti-pris formel ••

– La scénogaphie circulaire veut faire penser à un caroussel. Des néons installés en haut de la structure et disposés en étoile s’allument en alternance créant ainsi un mouvement circulaire. L’idée n’est guère convaincante mais l’intérêt d’une telle disposition est de laisser les murs vierges et de créer une exposition autonome libérée des murs de la cave qui l’accueille.
– Le caroussel, dont le plan est constitué d’une étoile à trois branches est construit avec des cartons empilés qui forment les trois espaces-temps historiques,
– Le parti pris très fort (et intéressant) de cette exposition est celui de la multiplication des reproductions, mises sous pochettes plastiques et étiquetées à la façon de pièces à convictions. Pour un même document regardé, la coprésence d’une photo, d’une photocopie de photo et de l’image trouvée sur Internet modifie son statut. Un espace s’ouvre, plus vaste que le simple espace d’exposition, qui englobe plusieurs situations de croisement du document et le place d’office dans une dimension historique.

•• Cohexistence de deux couches historiques ••

- la présence de pièces d’art contemporain incorporées physiquement aux cimaises (constituées de cartons empilés et recouvertes de plastiques) crée une dialectique intéressante entre la recherche quasi scientifique des origines Dadas et les différents faisceaux de significations présents dans les travaux d’artistes contemporains. – Le problème est que cette incorporation physique à la cimaise permet difficilement le dialogue. Les cimaises, dans ce petit espace, montent jusqu’en haut et créent trois espaces étriqués. Ceux-ci ne communiquent entre eux que par les néons qui, au sommet, tentent désespérément de faire tourner ce dispositif un peu lourd. – La mise à niveau et l’amalgame entre les deux couches historiques est la stratégie adoptée par les designers alors qu’une différenciation aurait été peut-être plus convaicante. (Par exemple des cimaises plus basses permettant au regard de passer au dessus et aux œuvres contemporaines de se détacher plus librement de la structure).

•• Présence des estampes originales ••

En troisième partie de l’exposition (dernier espace créé par le caroussel et fin de la déambulation), on trouve une vitrine remplie d’originaux : des estampes de l’époque du Cabaret Voltaire. Cette présence d’originaux perturbe le jeu instauré jusque-là entre la quête historique, les reproductions (éloignement progressif de la source) et les travaux d’artistes contemporains de la scène roumaine actuelle —présentés, eux sur leur support d’origine : dessins, photo ou vidéo. On cherche la raison qui a motivé les curateurs à présenter ces originaux. Évidemment, la recherche au sein d’archives fait surgir la problématique du rapport à l’original, de son aura et éventuelle sacralisation. Dans cette exposition qui cherche à mettre en questionnement critique une thèse sur les origines de Dada en utilisant un procédé de distanciation vis-à-vis des originaux, on ne comprend pas la présence de ces estampes qui induit, en fin de parcours une attitude d’idôlatrie vis-a-vis de l’origial.


Dans une exposition, la manipulation de différents types de documents et les niveaux de signification qu’ils impliquent est une opération délicate qui demande à être pensée et articulée selon un concept prédéfini – dont peut découler un accrochage pertinent. Dans cette exposition, la co-existence d’archive originales (les estampes), de reproductions d’archives, de travaux d’artistes contemporains et de vidéos réalisées par les commissaires lui donne un fort potentiel. En revanche, le choix qui a été fait crée un amalgame, une sorte de chaos qui pourrait se défendre si quelques points faibles (relevés ci-dessus) ne venaient pas en miner la cohérence.

Fabien Pinaroli
22 decembre 2006


[1] Sandqvist, Tom, Dada East : the Romanians of Cabaret Voltaire, Cambridge, Mass. ; London : MIT, 2006

 

>> Related Articles >> Articles liés