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Everybody Wants to Rule the World
Genèse du projet


Le projet du film Everybody Wants to Rule the World* fonctionne à la manière d’un écho à la publication du livre Harald Szeemann. Méthodologie individuelle. Pendant notre année à l’École du Magasin, le curateur suisse et les outils qu’il s’est forgés ont constitué nos principaux objets d’étude. La spécificité de ce sujet d’étude – un agent du monde de l’art – ainsi que celle de notre position – une formation curatoriale – nous ont conduits à inventer notre mode d’approche, ni critique, ni historienne de l’art.


Dans sa phase préparatoire, notre recherche nous a portés vers une période artistique dont les racines se trouvent dans les années 1960-1970. Elle nous a aussi amenés à analyser une pratique particulière: celle de la mise en exposition. Les débats qui entouraient alors cette activité émanaient principalement d’une nouvelle façon d’envisager le musée en tant que lieu de production de culture dans le contexte des néo-avant gardes.

Notre étude porte sur la méthodologie de Harald Szeemann, non pas dans les fondements idéologiques du faiseur d’expositions (anarchisme et mysticisme), ni dans son positionnement (un guide unique, une vision subjective) ni dans son rapport à l’art (l’échange d’une analyse historique contre la volonté d’envisager l’expositions comme une mythographie de la modernité). Car ses ambitions l’ont conduit à inventer une organisation portée par un idéal d’autonomie et de liberté. Ces notions, quelques années plus tard seront au cœur des développements du capitalisme avancé. D’autres acteurs, de plus en plus nombreux, formés dans d’autres contextes et porteurs d’autres questionnements ont parfois repris en main cet outillage, et l’exposition a été traversée par de nouveaux enjeux culturels, historiques et sociaux, par un déplacement vers d’autres continents et d’autres problématiques. Ces bouleversements ne s’ancrent plus dans une vision essentialiste. Ils se composent de fragments intervenant sur différentes zones. Chacun a repris des éléments du débat pour les rapatrier vers d’autres territoires. S’en suit une multiplication des possibles. Le débat morcelé n’est plus unique et là où tous voulaient imposer leur propre règle, tous ne règlent plus qu’une partie de l’ensemble. Cette multiplication de points de vue dans un contexte globalisé et déhiérarchisé pourrait être l’ultime assaut contre la verticalité du spécialiste dans la pratique de l’exposition pendant longtemps marquée par l’objectivité scientifique d’un spécialiste, l’historien de l’art. La rumeur qu’elle crée n’a plus rien de la valeur universelle moderniste. Elle est multiple et probablement lacunaire.

Pour faire suite au livre, et cherchant à nous intéresser aux pratiques curatoriales actuelles, il nous fallait utiliser une technique d’approche toute différente : Everybody Wants to Rule the World tente simplement de prendre la mesure des évolutions et des bouleversements intervenus dans ce champ particulier au cours des dernières décennies. Le parti pris, cette fois, n’est plus tant de cerner un contour que de multiplier les points d’entrée. Le contexte spécifique de l’édition de 2007 de la biennale de Lyon nous offre l’occasion de mener cette expérimentation : dix ans après celle de Harald Szeemann, seul pour identifier L’Autre (1997), Stéphanie Moisdon et Hans Ulrich Obrist proposent une multiplication des histoires afin de circonscrire une décennie depuis son milieu. Ils délèguent leur pouvoir sélectif à cinquante curateurs, les joueurs. Le principe de collaboration, qui a déjà une généalogie traversant, entre autres, les Documenta 5 ou Documenta 11, est un jeu ici réinterprété dans une réalité autre. La profusion de savoirs change de but. Elle passe de la complémentarité d’un groupe unifié à la diversification d’un discours haché, sans objectif ciblé. Le dispositif mis en place inclut une multiplication de niveaux et ouvre la possibilité à l’hétérogénéité voir à l’incompatibilité.

Le projet Everybody Wants to Rule the World a consisté à nous installer dans cette biennale — avec la complicité de ses organisateurs et de l’Institut d’Art Contemporain de Villeurbanne — dont la méthode et la forme ludiques nous ont suggéré de créer un jeu dans le jeu. À l’IAC, pendant les deux jours du vernissage professionnel, nous avons questionné les joueurs sur les règles individuelle qu’ils se sont inventées pour affirmer leur singularité dans ce jeu à plusieurs.

La particularité de notre recherche, tout au long de l’année, nous avait amenés à faire un travail d’édition sur des témoignages et des informations directement obtenus auprès des personnes pouvant nous renseigner. Beaucoup de rencontres ont ainsi été enregistrées. Cette méthode est rejouée pour la circonstance, mais ici, l’addition des réponses courtes constitue un échantillonnage (inévitablement incomplet), un assemblage de pistes sans montage ni sélection, un bruit de fond composé d’éléments personnalisés, de paroles vivantes qui n’ont pas vocation à s’écrire ni à énoncer de savoir permanent.

Enfin, la constitution de notre groupe fait de multiples nationalités nous permet d’envisager de colporter ensuite le livre Harald Szeemann. Méthodologie individuelle et le Film Everybody Wants to Rule the World vers d’autres lieux, après sa première présentation au Magasin.


* Everybody Wants to Rule the World est une chanson de 1985 de Tears for Fears, groupe de jeunes hommes blancs représentatifs des années 1980 et de l’explosion de la société marchande. La ligne de guitare a été samplée en 2001 par Nas, un rappeur noir représentatif, lui, de l’évolution culturelle et économique de l’industrie musicale.


Octobre 2007


 

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